Frédéric Michel-Lenglet

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Ergite, collection « Paradox », 42*29.7, feuille croquis au fusain et crayons de couleur

La claque, lorsqu’à l’occasion de l’exposition « Arts croisés » je découvre l’oeuvre « Fragments » de FML, la claque. Depuis, la première impression n’a eu de cesse de se confirmer. Fred est un artiste qui questionne, interroge le monde, sa perception des choses et surtout le genre humain en perpétuel déconstruction.

Rencontre avec l’homme, autour de la table une partie de l’équipe Red Jack pour celui qui a fait naître notre salamandre vénère.

Depuis quand peints-tu tes croûtes ? (Rires) 

J’étais dans le désespoir de la classe de seconde. J’ai redoublé cette classe, j’étais un mauvais élève. Je me suis réfugié dans la peinture. Comme je ne savais pas peindre, je faisais de l’abstrait, ça faisait artiste maudit et incompris.  

Et ça marchait vraiment avec les filles ça ?

Non, pas du tout. J’ai donc fait des graffitis, là ça marchait déjà mieux. Puis mes parents m’ont envoyé en première à Saint Luc de Tournay en section volume. On était dans un internat, mais les surveillants étaient souvent soûls, du coup la mixité était une valeur en partage. Il y avait une confiance entre les profs et les élèves, parfois même une très grande complicité. De belles années, j’ai eu mon diplôme avec mention dans le stylisme d’objets. Puis je suis tombé amoureux, et quand elle m’a quitté, je suis parti vivre loin, en Australie. Je n’avais pas validé ma troisième année, il a fallut que je revienne pour la valider. J’ai raté le jury, les profs ont dû trafiquer les notes pour que j’ai mon diplôme. Je suis reparti en Australie. 

Que cherchais-tu en Australie ? 

J’étais convaincu de faire de la musique à l’époque. Je me suis enfermé plusieurs mois pour réaliser mon projet. J’avais loué une maison entière, je sous-louais des chambres, bref tout ça c’est très mal terminé et j’ai dû rentrer. 

Je ne sais pas ce que je cherchais en Australie, je sais que mon retour a été une angoisse terrible et que j’ai décidé de me plonger dans le travail pour vivre de l’art. 

Les débuts ont été difficiles ? 

Je voulais absolument vendre des toiles. Je n’avais pas beaucoup de clients, c’était une mauvaise période durant laquelle j’étais convaincu que les drogues aideraient à ma créativité. Elles ont été un moteur puis elles ont complètement annihilé mon esprit. L’argent ne rentrait plus. J’étais au plus bas. Je suis reparti, j’ai fait beaucoup de méditation, j’ai pris la décision de tout arrêter pour me recentrer sur moi. 

A t’entendre, ton art semble plus douloureux qu’une partie de plaisir pour toi. 

Tout d’abord, c’est mon métier. Je suis un entrepreneur, un professionnel. Cela exige de gérer les charges sociales, de régler des problèmes de devis, de faire de la relation client. Vivre de l’art, c’est un métier comme un autre. Il faut laisser son ego de côté pour moi, la personne qui a un ego ne peut arriver à rien. 

Où trouves-tu ton plaisir ? 

C’est dans l’acte de création lui-même. Je suis parti en Inde, j’ai beaucoup appris de la méditation. Il faut arrêter d’être dans l’attente, il suffit d’être à ce que l’on fait. C’est très compliqué. Ce qui compte pour moi, c’est le moment où je dessine en lui-même. La dimension philosophique du moment et du dessin me passionnent plus que l’objet lui-même. 

Je ne cherche pas à me projeter, de toute manière on finira tous six pieds sous terre. Ce qui compte pour moi, c’est de lâcher prise le temps d’un instant.

Peux-tu nous parler de ton oeuvre, Holland Discount ? 

Je bossais à Lidl depuis deux mois, j’ai très vite compris que je ne pourrais plus jamais refaire ça dans ma vie. Toutes les semaines, ils jetaient des pages entières de prospectus. Je les récupérais, et comme j’étais un peu maniaque (rires), je découpais les logos lidl. J’ai rangé tout ça et oublié leur existence. Jusqu’à tomber dessus un jour, je voulais faire un portrait, j’ai pensé tout de suite à Hollande (rires). J’ai présenté mon oeuvre au Carrousel du Louvre, une belle expérience qui m‘a coûté très cher (rires). 

Ce que l’on ressens dans ton oeuvre, c’est ton travail autour de l’être humain. Peux-tu nous en parler ? 

Je suis dans une recherche permanente. Il y a des règles immuables et pourtant comment peut-on avoir tant de différences avec un même cerveau, tant de visages avec un même code ? Certains regards sont parfois identiques, le fatalisme porte le même regard. 

Tu penses saisir quelque chose et pourtant rien n’est saisissable. On ne contrôle rien dans la vie, tout nous échappe. Tu te soucis de quelqu’un mais en un instant elle a déjà changé. 

Quels sont tes projets ? 

Je travaille de plus en plus sur l’écriture, notamment sur le slam. Je vais bosser sur mes instrus (parties instrumentales) et sur mes textes. J’ai aussi un projet autour de la méditation, je pense partir deux mois au Népal bientôt.

Retrouve FML sur son site internet

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